Silicon Valley Europe

L'IA générative dans les PME – accélérateur ou bombe à retardement ?

L'IA générative dans les PME – accélérateur ou bombe à retardement ?

En interview avec Stefan Kohl, fondateur d'AnvilStack

Avec des outils comme Claude Code, Lovable ou Cursor, des consultantes, des ingénieurs, des médecins et des cabinets d’avocats créent aujourd’hui, souvent en quelques semaines et sans écrire une seule ligne de code, leurs propres solutions logicielles. Ce qui impressionne en tant que prototype devient rapidement un risque en production réelle : failles de sécurité, absence de conformité et données qui atterrissent, à leur insu, chez des prestataires extra-européens. Stefan Kohl est l’un de ceux qui travaillent précisément à cette interface. Le fondateur d’AnvilStack, basé à Graz, permet de déployer des applications construites par l’IA de manière sécurisée, conforme et sur une infrastructure européenne.

Son parcours l’a conduit de la conception de jeux vidéo à la direction, pendant six ans et demi, d’une entreprise de développement logiciel à Taïwan, employant jusqu’à 20 collaborateurs. Depuis 2019, il vit à Taipei et allie la rapidité de mise en œuvre asiatique à l’exigence européenne en matière de protection des données et de souveraineté numérique.

Dans cet entretien, il explique pourquoi l’IA résout le problème du « comment construire », mais pas celui du « comment avoir le droit de construire », quelles réglementations, de la directive NIS2 au règlement sur l’IA, s’imposent aux petites entreprises, pourquoi un serveur situé à Francfort ne garantit pas à lui seul la souveraineté, et pourquoi l’Europe devrait considérer ses règles strictes comme un avantage concurrentiel.

Cette discussion avec Stefan Kohl montre que la souveraineté numérique ne commence ni à Bruxelles ni dans les sièges des grands groupes, mais avec chaque application qu’une entreprise met en production.

Silicon Valley Europe : Monsieur Kohl, vous venez du développement d’applications et de jeux vidéo, avez créé une entreprise de logiciels à Taïwan et accompagnez désormais les entreprises dans le déploiement d’applications construites par l’IA avec AnvilStack. Comment en êtes-vous arrivé là et en quoi AnvilStack aide-t-il précisément ses clients ?

Stefan Kohl : J’ai commencé ma carrière dans le développement de jeux vidéo. Les jeux sont une école exigeante : ils doivent fonctionner de manière stable sur des milliers d’appareils, et les utilisateurs n’acceptent aucune erreur. Ensuite, j’ai dirigé une entreprise de développement logiciel à Taïwan pendant six ans et demi, avec jusqu’à 20 employés, et des projets pour des clients en Europe.

Pendant cette période, la façon dont les logiciels sont créés a fondamentalement changé. Aujourd’hui, des experts métiers construisent des applications en quelques semaines à l’aide d’outils d’IA et se retrouvent face à une question : puis-je vraiment exploiter cela avec de vraies données clients ? C’est précisément là qu’intervient AnvilStack. Nous transformons un prototype généré par l’IA en un système de production sécurisé, conforme et hébergé sur une infrastructure européenne, tout en assurant son exploitation après le lancement. Le code et l’infrastructure appartiennent au client. Nous veillons à ce que les deux fonctionnent de manière stable.

Silicon Valley Europe : Le « Vibe Coding » est sur toutes les lèvres : des experts métiers décrivent en langage naturel ce dont ils ont besoin, et l’IA écrit le code. Assistons-nous à une démocratisation du développement logiciel ou à une illusion dangereuse ?